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Ouragan Harvey : lien avec le changement climatique, risque en France , toutes les réponses à vos questions !

CIRA / RAMMB / NOAA

Alors que la saison était assez calme, l'ouragan nommé Harvey a fait malheureusement parlé de lui. L'actualité a rapidement traversé l'Atlantique pour venir à la Une des médias Européens et du monde entier. En effet, cet ouragan de catégorie 4 sur l'échelle de Saffir-Simpson a généré des inondations dramatiques et historiques sur les côtes du Texas et notamment à Houston. Le bilan humain provisoire s'élève à 33 morts et des centaines de personnes dont on reste sans nouvelle.

Peut-on attribuer cette catastrophe au réchauffement climatique ? Pouvons nous craindre de plus en plus de phénomènes comme celui-ci ? Un tel ouragan est-il possible en France et en mer méditerranée ? Nous avons pu interviewer Karl Hoarau, enseignant-chercheur à l'Université de Cergy-Pontoise, intervenant dans le master Gestion des Catastrophes et des Risques Naturels et spécialiste des cyclones tropicaux qui a répondu à vos interrogations.

Harvey : 12e ouragan le plus intense du 20e siècle sur le littoral des États-Unis

Avant tout, il faut comprendre en quoi cet ouragan est exceptionnel. A cela, l'enseignant-chercheur nous répond : "Harvey était un ouragan de catégorie 4 (vents moyens sur une minute de 115 nœuds ou 215 km/h avec rafales de 260 km/h) lors de son atterrissage sur la côte du Texas. Harvey peut être classé en 12ème position (ex aequo avec 4 autres ouragans) des ouragans les plus intenses  ayant atterri sur le littoral des Etats-Unis depuis le début du 20ème siècle (d’après les données de la NOAA). Le cyclone Harvey n’était donc pas un aléa exceptionnel en termes de vents. En revanche, Harvey a produit des pluies (1300 mm en 4 jours ; à La Réunion, il est tombé 1026 mm en 24 heures en février 1993 à la station de Saint-Benoit à 25 m au-dessus du niveau de la mer) et des inondations exceptionnelles du fait de la faible vitesse de déplacement du cyclone à l’approche de la côte, et après l’entrée du météore à l’intérieur des terres. En outre, il ne faut pas oublier que la tempête tropicale Claudette avait provoqué 1092 mm de pluie en 24 heures en 1979 à Houston."

Source : REUTERS / Richard Carson

Lien avec le réchauffement climatique : la nature nous lance-t-elle un message ?

Une grande majorité des commentaires accuse le réchauffement climatique (et donc l'Homme) comme responsable de cette catastrophe. Nous avons donc posé la question à Karl Hoarau qui nous répond : "Harvey s’est renforcé sur une mer à 30°C sur une épaisseur de 30 mètres avec l’isotherme 28°C à 50 mètres de profondeur. Cela correspond à une anomalie positive de la température de la mer de 0.5°C. Sur un tel contenu thermique, on a déjà vu des cyclones de catégorie 5 avec des vents de plus de 140 nœuds (vents de 260 km/h avec rafales à 310 km/h) se déplacer de manière lente. Mais aucune étude n’a montré que le réchauffement climatique allait produire des cyclones à déplacement lent."

Par ailleurs, certains évoquent également l'urbanisation à outrance limitant l'écoulement naturelle des rivières et aggravant donc ces inondations. Karl Hoarau explique que "la sur-urbanisation peut expliquer, en partie, les inondations. Une densification des infrastructures peut, certes, limiter l’écoulement des eaux pluviales. Il faut aussi évoquer les conditions géographiques. Les régions touchées par Harvey sont topographiquement basses au-dessus du niveau de la mer. Ces régions sont sensibles à des pluies continues du fait d’une tempête tropicale en déplacement lent."

Source : AFP

Pouvons-nous craindre un ouragan comme celui-ci en France ?

Alors que nous vivons une sécheresse prononcée avec très peu de pluie ces derniers mois, l'inquiétude monte à l'approche de la saison automnale connue pour ces épisodes pluvieux. Par ailleurs, la question d'une tempête comme Harvey en France plane dans certains esprits. C'est pourquoi nous avons posé la question et la réponse est nette : "Un ouragan comme Harvey n’est pas envisageable, dans les conditions actuelles, sur les côtes de la France continentale. Les températures de l’océan n’atteignent pas au moins 26°C ou plus sur une épaisseur de quelques dizaines de mètres de profondeur. Les médicanes qui peuvent correspondre à des cyclones de catégorie 1 (vents de 120 km/h avec rafales de 150 km/h) interviennent au mieux à partir de septembre. Quand la mer méditerranée est plus chaude en août, les dispositions thermodynamiques ne sont pas favorables pour l’instant puisque les conditions anticycloniques prévalent." On se souviendra notamment d'un médicane qui toucha la Corse en octobre 2015.

Vous l'aurez compris, cet ouragan marquera les Etats-Unis par ses cumuls de précipitations considérables. Cependant, il faut relativiser en analysant les archives. En terme d'intensité, Harvey n'est pas l'un des plus puissants. Tout le monde se souvient de l'ouragan Katrina en 2005, catégorie 5  avec un bilan humain dramatique. Enfin, il est impossible de relier le réchauffement climatique à cette catastrophe. Comme pour tous les événements, il faut impérativement construire une base de données de plusieurs dizaines d'années pour émettre les premières hypothèses d'un quelconque rapprochement.

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