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LA TERRIBLE VAGUE DE FROID DE 1956

(C) Météo Passion
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RÉSUMÉ       

Deux ans après le rigoureux hiver de 1954, l'hiver de l'année 1956 reste gravé dans les mémoires. Pour cause, après un mois de Janvier relativement doux, Février s'est vu plongé dans une vague de froid d'origine Sibérienne. En moins de 48h, les températures chutent de 20 à 25°C. L'Europe Occidentale et plus particulièrement la France se retrouvent menacées par la neige, le gel et la tourmente. Axes routiers, activités économiques paralysées, rivières et fleuves gelés, les conséquences de ce coup de froid sont dramatiques : près de 1 000 personnes perdent la vie à travers l'Europe. De mémoire d'homme, on a rarement vu ça, les oliviers gèlent dans les régions méditerranéennes, le Rhône se met à transporter de gros morceaux de glaces, on y patine même dessus au paroxysme de l'épisode. De nombreux records absolus de froid datent de cette période, avec parfois moins de -20°C en Languedoc-Roussillon ! Cela peut sembler inimaginable et on peut supposer combien une telle vague de froid serait dramatique aujourd'hui en termes d'enjeux sur l'économie de notre pays... Cette vague de froid ne se termina que le 28 Février. Ainsi, Février 1956 est devenu le mois le plus froid du 20ème siècle. A titre d'exemple, la température moyenne observée à Paris fut de -4.2°C, ce qui correspond à la normale d'un mois de Février en Scandinavie. Retour sur un ovni de la météorologie Française.


CHRONOLOGIE 

Le 31 Janvier 1956, certaines villes du Languedoc-Roussillon sont déjà équipées de stations météorologiques de mesures. Cela permet de voir au combien cette vague de froid s'est montrée brutale, avec un air Sibérien qui a traversé l'Europe en moins de 48h. Ainsi, le 31 Janvier on relevait une température de 11.4°C à Nîmes et de 12.4°C à Perpignan. Le lendemain, 1 Février 1956, on ne relevait plus que -5.6°C à Nîmes et 1.6°C à Perpignan. La baisse a été plus tardive sur le Roussillon mais le froid ne tarda pas à se généraliser à l'ensemble de la région. Le 2 Février, le froid continue de s'accentuer avec -11.2°C à Nîmes et -8.8°C à Perpignan, soit des valeurs près de 15 à 20°C en dessous des normes. La brutalité de la descente froide n'est pas sans conséquence, un violent mistral se déchaîne avec des rafales comprises entre 130 et 160 km/h sur toute la vallée du Rhône. Des pointes à près de 180 km/h sont même observées près de l'étang de Berre ! Entre le 5 et le 7 Février, on observe un petit redoux sur la France. Après de fortes gelées matinales, le mercure arrive à repasser dans le positif en Languedoc-Roussillon. Beaucoup pensent que le pire est passé mais il n'en n'est rien, les températures chutent à nouveau dès le 8 Février, sous l'effet d'une nouvelle pulsion Sibérienne. Jours après jours, le mercure descend de plus en plus bas et il ne dégèle plus. Le vendredi 10 Février, la température descend jusqu'à -13.6°C à Nîmes et ne remonte pas au dessus de -9.8°C, soit des valeurs qui sont 20°C en dessous des normes. Il en est de même pour l'ensemble de la région. La ville de Montpellier atteint une minimale de -17°C à la mi-Février , tandis que l'arrière pays connait des températures inférieures à -20°C... Les cultures d'avoine, de blé et de colza sont très sévèrement endommagées ou parfois totalement détruites. Environ 800 000 oliviers gèlent, parfois jusqu'aux racines. La neige n'est pas en reste, avec de fréquentes chutes de plus de 10 cm. Plus incroyable encore, la neige qui tombe en abondance gèle très rapidement au contact du sol et des milliers de véhicules se retrouvent piéger par une épaisse couche de glace. Au total dans la région, on comptabilisa 25 à 28 jours de gels au cours de ce mois exceptionnel. 


PHOTOGRAPHIE ET RECORDS


Image titleLes remparts d'Avignon. Source : Météo Paris


 De nombreux records pour un mois de Février datent de cette année :


-28.0°C au Mont-Aigoual (30)
-13.6°C à Nîmes (30)
-12.0°C à Sète (34)
-11.0°C à Perpignan (66)

Ce qui ne signifie pas que ce sont les records de froid absolus : certaines villes de la région ont eu des extrêmes plus froids lors de l'hiver 1963 par exemple. 


CONTEXTE MÉTÉOROLOGIQUE

La vague de froid de Février 1956 est consécutive à une configuration météorologique particulièrement rare. Au début du mois, un vaste anticyclone est remonté en direction de l'Islande. Il a constitué un véritable blocage atmosphérique sur l'ensemble de l'hémisphère nord, puisque cette bulle anticyclonique est restée bloquée jusqu'à la fin Février. Par moment, l'anticyclone a étendu son influence vers le Groenland et la Grande-Bretagne. Il a eu pour effet de totalement bloquer le flux d'Ouest que l'on observe généralement en Europe et qui fait que notre pays est relativement doux, ou du moins tempéré. Conséquemment, un vigoureux flux d'Est à Nord-Est s'est mit en place sur l'Europe. Progressivement, des anomalies extrêmement froides d'origine Sibérienne se sont détachées du pôle et ont glissé directement en direction de la France. Le bassin Méditerranéen, qui était encore doux en Janvier, s'est littéralement transformé en une marmite favorable aux creusements dépressionnaires. Ce fut ainsi un cercle vicieux : les dépressions méditerranéennes ont aspiré l'air Sibérien et ont joué un rôle prépondérant dans le mécanisme de cette vague de froid. 

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