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Quels liens entre été caniculaire et automne pluvieux ?

Lesselingue Thomas pour Météo-Languedoc

Nombreuses sont les interrogations concernant les conséquences d'un été caniculaire sur la fréquence mais aussi l'intensité de futurs épisodes fortement pluvieux en automne. Notre région est malheureusement réputée pour ses épisodes cévenols et/ou méditerranéens destructeurs. Ceux-ci se déroulent en très grande majorité durant les mois allant de Septembre à Décembre. Leur mécanique est assez complexe et nécessite une synchronisation parfaite entre différents paramètres. Dire qu'un été caniculaire provoquerait plus d'épisodes pluvieux en automne est un raccourci. En effet, cette affirmation sous-entend une autre problématique : Est-ce qu'une mer méditerranée plus chaude que la normale peut-elle engendrer une augmentation des catastrophes ?

    Pour y répondre, nous avons tout simplement décidé de nous intéresser aux données statistiques du climat passé. Ainsi, nous avons recueilli les relevés météorologiques des évènements majeurs des cent dernières années en Languedoc-Roussillon et nous les avons couplé aux données thermiques de l'été qui a précédé chacun de ces épisodes. Enfin, nous nous sommes intéressés la température de la mer, lorsque celle-ci était connue. Nous avons alors regroupé ces données sous la forme d'un tableau : 

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    Première conclusion que l'on pourrait faire suite à ce tableau : Nous relevons 5 étés caniculaires (1947, 1952, 1976, 2003 et 2006). Sur ces 5 étés, seulement un automne aura été très pluvieux en 2003 avec de nombreux épisodes à répétition dès début Septembre jusqu'au mois de Décembre. Il convient aussi de dire, que d'autres automnes ont connu quelques orages pluvieux mais n'ont pas été retenus dans ce tableau dans une logique de retenir uniquement les catastrophes marquantes telle que celle du 8 et 9 Septembre 2002 où l'été avait été dans les normes de saison et qu'au moment des pluies, la température de la mer ne dépassait pas les 17°C. Nous pouvons aussi prendre exemple sur l'automne 2014 très pluvieux où la mer avait une température supérieure à la normale mais qui avait été précédé par un été frais et orageux. Alors, nous ne pourrions trouver aucune corrélation entre été chaud et automne pluvieux ?

Avant tout, il faut comprendre comment ces épisodes pluvieux se mettent en place. En premier lieu, il est nécessaire d'avoir une synoptique (dynamique météorologique de grande échelle) caractérisée par un positionnement des centres d'actions parfaitement propice au déclenchement d'épisodes diluviens. L'approche à l'échelle synoptique ne suffit pas, il faut ensuite que la dynamique de méso-échelle (celle que l'on retrouve à petite échelle, par exemple départementale) soit également très vigoureuse. Par exemple, le cas d'école se résume en une goutte froide (dépression d'altitude) positionnée sur le proche Atlantique, qui nous apporte un flux de Sud-Ouest en altitude. Au niveau du sol, on retrouve plutôt un creusement dépressionnaire au large du Golfe du Lion, qui induit un flux de Sud-Est sur les 1 000 premiers mètres de l'atmosphère et qui vient couper perpendiculairement le flux géostrophique (flux à plus de 1 000 m) en altitude.
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    Il faut comprendre que ces paramètres purement météorologiques doivent obligatoirement s'accorder avec d'autres éléments telles que la topographie où la géologie. Dans ce cas, la température de la mer ne se situe qu'en arrière plan. Sa fonction première étant d'humidifier le flux, sa température n'est qu'anecdotique. Toutefois, il est démontré qu'une mer plus chaude permet aux nuages d'avoir un contenu en eau précipitable plus important. Ainsi, si une dynamique vigoureuse laisse craindre des orages violents, la probabilité d'avoir des orages encore plus pluvieux devient croissante avec de l'eau plus chaude.

    Enfin, il faut savoir qu'une mer chauffée tout le long d'un été caniculaire peut perdre de nombreux degrés en seulement 24 ou 48h de mistral comme en 2006 ou à l'inverse, une arrière saison douce permet à la mer de gagner quelques degrés après un été maussade, comme en 2014.

CONCLUSION

Ce qu'il faut retenir, il est impossible de tirer une conclusion sur les conséquences d'un été caniculaire. Dans un sens, nous ne pouvons pas dire que celui-ci n'a aucune influence sur un automne pluvieux comme nous ne pouvons affirmer le contraire. Ce que nous pouvons conclure, c'est qu'une mer chaude favorise le contenu en eau précipitable. De ce fait, avec une dynamique favorable, l'épisode pourrait se montrer plus virulent qu'avec une eau plus fraîche. Ce n'est toutefois pas une obligation, le désastre des 8 et 9 Septembre 2002 dans le Gard ne cesse de nous le rappeler. Sans un contexte météorologique propice, une mer chaude ne peut à elle seule déclencher des orages diluviens.

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